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Intelligence Artificielle : où en sommes-nous ? Rencontre avec Jacques Rodet, expert de l’IA

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Dans cet article, nous faisons un tour d’horizon de l’Intelligence artificielle en 2024. Grâce à un échange avec Jacques Rodet, expert de l’IA et formateur chez Evocime, nous en comprenons l’intérêt, les enjeux ainsi que les avantages.

Groupe de femmes de plusieurs âges, joueuses d'équipes sportives, dans une salle de sport célébrant la victoire avec motif graphique

Présentation de Jacques Rodet

Jacques Rodet intervient dans le domaine de la formation professionnelle depuis 35 ans dans des organisations privées et publiques, de la TPE/PME aux multinationales, en tant que collaborateur, manager, formateur, directeur d’organisme de formation, maitre de conférences, chef de projet R&D en ingénierie pédagogique et tutorale, consultant.

Peu avant les années 2000, alors qu’il dirige un centre de formation spécialisé en PAO, il se forme à l’ingénierie de la formation à distance auprès de la Télé-université du Québec. Il ressort major de sa promotion de DESS  tout en complétant à Paris 8 un diplôme universitaire de formateurs d’adultes (DUFA). Il commence alors son activité de consultant.

Il s’est particulièrement intéressé à ce que devenait la relation pédagogique lorsque le formateur et les apprenants n’étaient plus en coprésence. Il a formulé de nombreuses propositions et modélisations de la pratique de l’accompagnement des apprenants. Il est reconnu pour son expertise sur le tutorat à distance et a publié plusieurs livres sur le sujet (L’ingénierie tutorale. Pratiques tutorales, livret d’interventions. Le tutorat à distance illustré).

C’est en 2017, qu’il a commencé à collaborer avec Evocime. De la réflexion menée sur l’évolution des métiers de la formation est né, entres autres, le parcours e-formateur. Aujourd’hui, il intervient pour Evocime sur des missions de conseil en ingénierie pédagogique et sur l’intelligence artificielle générative. A ce titre, il participe à la conception de scénarios pédagogiques sur des métiers en émergence ou profondément renouvelés tels que manager de projet de formation assisté par l’IA.

Par ailleurs, il accompagne des organisations dans l’élaboration de leur stratégie d’IA générative. Il a également conçu des modules sur les usages de l’IA générative pour les différents métiers de la formation professionnelle. Enfin, il accompagne les équipes d’Evocime dans l’adoption de nouveaux outils qu’il a conçus tels que le chronogramme, le PédagoGRAPH ou SDL pour situer son digital learning.

Qu’est-ce qu’on fait avec l’IA ?

Depuis ses débuts il y a plus de 60 ans, l’intelligence artificielle poursuit le même but : imiter l’intelligence humaine grâce à des algorithmes.

Ses domaines d’application sont nombreux et variés. On peut dire que l’IA fait déjà partie de nos vies. Prenons l’exemple de la médecine. L’IA est capable d’analyser des milliers d’images médicales en quelques secondes, détectant des anomalies que même les experts humains pourraient manquer.

Une bonne manière de repérer ce que l’IA peut faire pour nous, est d’examiner ce que nous ne savons pas faire, ne pouvons pas faire, ne voulons pas faire.

Aujourd’hui les outils d’IA générative sont à la portée de chacun. Chat GPT en est le plus représentatif. Ces outils génèrent, c’est-à-dire qu’ils s’appuient sur des données existantes pour en produire de nouvelles. Ce peut être des textes, des images, de la musique, de la vidéo.

Où est ce qu’on en est avec l’IA générative ?

Chaque semaine, de nouveaux outils basés sur différents modèles de langages sont mis à disposition du public. Il est donc assez vain de vouloir en fixer un panorama définitif.

Ce qui se dessine pour cette année 2024, c’est d’une part une concurrence accrue entre les éditeurs, chacun voulant prendre l’avantage par le développement de nouvelles fonctions et d’autre part l’intégration de l’IA dans nos outils du quotidien. Par exemple Copilot de Microsoft est intrinsèquement lié aux autres logiciels de cet éditeur tout comme Gemini l’est avec les autres outils de Google.

L’un des enjeux pour les organisations est maintenant de définir, à partir des usages de leurs collaborateurs, une réelle politique IA. Ainsi, pour les organismes de formation, sélectionner les outils d’IA à utiliser pour la conception pédagogique et la production de ressources et en vérifier la plus-value tant quantitative que qualitative sont des actions à mener.

Est-ce que l’IA remplace le formateur ?

C’est ce que certains éditeurs voudraient nous laisser croire. Le formateur serait devenu inutile. De tout temps, certains technicistes ont eu pour obsession d’éjecter l’humain du processus formatif. Cela a été le cas avec le e-learning du début du 21e siècle, c’est le cas aujourd’hui avec l’IA générative.

Si l’IA peut contribuer à la conception d’une formation et que ses résultats sont souvent supérieurs à ceux d’un non professionnel de la formation, le formateur expérimenté n’a aucun mal à produire une formation de qualité supérieure à ce que fait l’IA.

Par ailleurs, l’IA n’est pas en mesure de donner une formation à moins de limiter cette dernière aux seules connaissances en négligeant les aspects socio-affectifs et motivationnels du processus d’apprentissage.

L’IA ne remplace pas le formateur. Il s’agit pour le formateur de vérifier les résultats obtenus par l’IA et d’utiliser celle-ci pour faire plus vite ce qu’il sait faire.

Comment l’IA peut assister un expert de contenu ?

Le concepteur pédagogique, qui ne peut posséder une expertise sur l’ensemble des sujets sur lesquels il bâtit des formations s’appuie habituellement sur un expert. Avec les outils d’IA générative, il peut être tentant de se passer de l’expert humain mais cela se traduirait le plus souvent par une perte de qualité.

En revanche, Il existe d’autres utilisations de l’IA pour le concepteur pédagogique dans sa relation avec l’expert. La première est de soumettre à l’expert le résultat proposé par l’IA sur le contenu à traiter. Se servant de cette version martyre le travail de l’expert est facilité et plus rapide. Une autre utilisation est de soumettre la production de l’expert à l’IA à des fins d’analyse afin de vérifier si elle est alignée aux objectifs pédagogiques.

Plutôt que d’utiliser l’IA pour remplacer l’humain, il est plus profitable de s’en servir pour permettre à l’humain d’être plus efficace.

La cob, la cobo, la cobotique : qu’est-ce-que c’est ?

A l’origine, la cobotique désigne la manière dont les robots et les humains travaillnt ensemble à la réalisation d’une tâche. Aujourd’hui elle peut être comprise comme la répartition des tâches entre un être humain et un outil d’intelligence artificielle.

Son intérêt notionnel est de ne pas opposer l’IA et les hommes mais de proposer une méthode pour identifier la répartition des tâches entre eux. Pour ce faire, il s’agit de repérer ce que l’humain ne peut pas faire, ne sait pas faire ou ne veut pas faire puis d’examiner quel outil d’IA prendra en charge la tâche et d’évaluer si le transfert de celle-ci à l’IA revêt une plus-value.

Par exemple, un chatbot entrainé sur le contenu d’une formation peut répondre 24/24 h aux questions des apprenants contrairement à un tuteur humain. Il reste à vérifier que le temps de travail du tuteur qui a été économisé soit réinvesti pour d’autres tâches de soutien inaccessibles à l’IA.

Comment bâtir une stratégie d’IA ?

Actuellement, environ 10% de la population utilise l’IA générative et le plus souvent de la propre initiative des individus sans qu’une stratégie IA de leur entreprise n’aient été définie.

Viendrait-il à l’idée d’une DSI de laisser chaque collaborateur choisir d’utiliser l’outil bureautique qui a sa préférence ? Bien évidemment, non. Il devrait en être de même pour l’IA générative.

Il s’agit pour l’entreprise de s’engager de manière résolue dans une démarche qui consiste dans un premier temps à acculturer à l’IA générative, puis de proposer des actions permettant à l’ensemble des collaborateurs de se former à la rédaction des prompts et à l’utilisation de quelques outils. A partir de ces expériences, organiser des ateliers afin que chaque métier identifie les tâches qui pourraient être confier à l’IA ? C’est sur la base des conclusions de ces ateliers que la direction est en mesure de définir les outils d’IA à acquérir, les budgets, les règles d’utilisation, la gestion des risques, etc.

Comment rédiger un bon prompt ?

Un prompt, c’est une instruction ou une question que l’on donne à un outil d’IA générative afin qu’il puisse générer un texte, une image, une musique ou une vidéo.

La qualité du résultat fourni par l’IA générative est directement liée à la qualité du prompt. Le prompt doit être clair, non ambigüe, et rédiger de manière précise. L’introduction de différents éléments dans le prompt tels que le rôle de l’IA, l’objectif visé, la tâche à réaliser, les contraintes, le format de la réponse souhaité, le contexte, la tonalité ou des exemples est utile pour obtenir des propositions pertinentes.

Plutôt que de demander la génération d’un scénario pédagogique, il est préférable d’utiliser un prompt pour chacune des tâches aboutissant à la production d’un scénario pédagogique.

C’est par la pratique que l’on devient un meilleur prompteur, bien plus qu’en utilisant les prompts créés par d’autres. A noter qu’il est possible de demander l’IA générative d’améliorer un prompt ou d’en suggérer la structure.

Est-ce que l’IA peut voler mon emploi ?

Une des craintes ressenties par beaucoup est celle de perdre son emploi car il serait confié à une intelligence artificielle.

Si les scénarios de science-fiction mettent fréquemment en scène des IA devenues dominantes des hommes, il faut bien admettre, à la suite des chercheurs en IA, que cette vision reste du domaine du fantasme.

L’histoire nous montre qu’à chaque saut technologique quelques emplois disparaissent, quelques autres sont créés et que l’immense majorité se transforment. Il ne s’agit pas tant de craindre de se voir remplacer par une IA que de repenser son travail.

Par exemple, si une IA permet aux apprenants d’obtenir des réponses à leurs questions sur le contenu de leur formation, cette tâche retranchée à l’activité du formateur permet à ce dernier d’avoir le temps d’un accompagnement plus personnalisé sur les plans méthodologique, motivationnel ou socio-affectif.

Il appartient à chacun de réexaminer ses tâches professionnelles, d’identifier celles à confier à l’IA et celles nouvelles qu’il pourrait accomplir pour améliorer la qualité de son travail.

Comment l’IA peut nous faire gagner du temps ?

Tous les jours, nous sommes nombreux à ressentir le manque de temps pour faire tout ce que nous aimerions faire. Est-ce que l’IA pourrait nous faire gagner du temps ?

Le bénéfice le plus manifeste de l’utilisation d’outils d’IA générative est effectivement le gain de temps. Alors qu’un bon rédacteur met environ 15 mn pour produire un texte d’une page, un chatbot mettra 15 secondes ou moins. Il peut donc être tentant d’utiliser l’IA en remplacement d’un journaliste, d’un enseignant, d’un romancier, d’un photographe, d’une vidéaste, d’un musicien… Toutefois, ceux qui procèdent de la sorte aboutissent en général à une production dont la qualité est moyenne, peu originale.

Deux utilisations de l’IA permettent de gagner du temps sans incidence négative sur la production. La première est d’utiliser les propositions de l’IA en amont du travail humain visant à améliorer cet apport initial. La seconde est de soumettre sa production à l’IA afin de lui faire analyser les améliorations à apporter.

Ces deux méthodes font effectivement gagner du temps.

Comment l’IA générative va évoluer ?

Chaque jour de nouveaux outils d’IA apparaissent et viennent s’ajouter aux milliers existants. Les éditeurs se livrent à une lutte acharnée pour imposer leurs solutions et dominer le marché. Cette concurrence est une des raisons du foisonnement d’outils que l’on connaît depuis l’apparition de Chat GPT et cela va continuer

Sans jouer à l’oracle, il est probable qu’en 2024, la plupart des outils actuels vont bénéficier d’améliorations et seront disponibles dans de nouvelles versions. Des fonctionnalités d’IA vont être intégrées dans les logiciels et outils que nous utilisons quotidiennement. Des outils métiers vont également apparaître. Par exemple, des premières initiatives sont repérables en formation avec des outils dont la vocation serait non seulement de concevoir le scénario pédagogique mais également de produire les ressources formatives. La plupart des secteurs professionnels relevant du tertiaire verront à plus ou moins court terme des outils d’IA dédiés.

Si je devais parier sur une évolution à venir, ce serait l’implantation de l’IA générative dans les robots humanoïdes tels qu’ils sont apparus il y a une petite dizaine d’années et qui de ce fait seraient davantage capables d’interactions avec les humains.

Est-ce que se former à l’IA est utile ?

L’IA générative évolue à grande vitesse. Les usages d’aujourd’hui ne sont plus ceux de l’an dernier et changeront d’ici quelques mois. Aussi, il est légitime de se demander si se former à l’IA générative est réellement utile…

Comme souvent lorsque qu’une nouvelle technologie fait son apparition, de nouveaux entrants dans le monde de la formation profitent de l’aubaine, les offres de formation se multiplient, de la gratuité jusqu’à des montants à cinq chiffres, il n’est pas très simple de s’y retrouver.

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